Récipiendaire de la Bourse postdoctorale Edith Kitchmann en oncologie psychosociale et en soins palliatifs de l’hôpital Princess Margaret, Toronto, Ontario
Des changements positifs peuvent-ils se produire après un diagnostic de cancer avancé?

Auteurs: Emily C. Freeman, PhD; Christopher Lo, PhD; Sarah Hales, MD; Gary Rodin, MD

Affiliations: Princess Margaret Hospital, Toronto, Ontario
 
Contexte

Les patients cancéreux et leurs êtres chers sont susceptibles de développer des sentiments de dépression, d’isolement et de démoralisation dus aux nombreuses pertes et inconvénients associés à une maladie avancée ou métastatique (Kissane et coll., sous presse). Les bouleversements que vivent ces personnes et la hantise de la mort s’avèrent parfois très pénibles, mais ils peuvent conduire à un processus de réflexion constructive sur le sens de la vie et sur les priorités et les objectifs (Rodin, 2009). Ce processus d’autoréflexion peut se révéler difficile et parfois pénible, mais il peut engendrer des changements positifs (Hefferon et coll., 2009).

Pour décrire les changements psychologiques positifs qui peuvent se produire à la suite d’une crise de vie, certains chercheurs utilisent des termes comme « croissance post-traumatique » ou « résilience » (Hefferon et coll., 2009).

Ces changements sont notamment:
•    une meilleure appréciation de la vie,
•    une compassion et une empathie plus profondes pour les autres,
•    un rapprochement avec les membres de la famille,
•    un renforcement des croyances spirituelles,
•    une meilleure compréhension du sens de la vie.

Les facteurs susceptibles de favoriser l’apparition de ces changements psychologiques positifs sont:
•    l’intensité de la souffrance physique,
•    l’étape où le patient se trouve dans sa vie,
•    la possibilité de réfléchir,
•    la disponibilité des amis, des membres de la famille, des professionnels de la santé et d’autres intervenants sociaux.

Nous ne savons toujours pas très bien jusqu’à quel point ces changements positifs peuvent se manifester spontanément chez les patients atteints d’un cancer avancé qui sont confrontés à la perspective d’une mort imminente.

La thérapie CALM (Managing Cancer and Living Meaningfully)

Les médias entretiennent de plus en plus l’idée qu’il y a peut-être « quelque chose de bon » ou une « expérience positive » à retirer de la tragédie du cancer. Il s’agit là d’un scénario intéressant mais compliqué qu’il y aurait lieu d’étudier plus en détail. Cependant, nous ne savons toujours pas très bien dans quelle mesure ces changements positifs peuvent se manifester spontanément chez les patients atteints d’un cancer avancé qui sont confrontés à la perspective d’une mort imminente. La recherche sur l’issue d’autres formes de traumatismes suggère que la nature du soutien post-traumatique s’avère parfois déterminante. Que ce scénario se concrétise ou non dépend peut-être de la personne et du soutien de son milieu. Une relation psychothérapeutique avec un prestataire de soins peut parfois accroître la probabilité que la détresse émotionnelle  cesse et que la croissance post-traumatique s'amorce. C’est dans cet esprit que notre équipe a mis au point une psychothérapie individuelle structurée qui vise à soulager la détresse et à favoriser la croissance psychologique chez les patients atteints d’un cancer avancé. Cette thérapie nommée CALM (Kissane et coll., sous presse) consiste en une brève intervention de trois à huit séances; elle s’adresse aux patients atteints d’un cancer métastatique et est appliquée par des professionnels de la santé mentale spécialement formés.

La thérapie CALM est une intervention semi-structurée qui comprend des modules sur la maîtrise des symptômes et les relations avec les prestataires de soins, l’image de soi et les relations personnelles, le bien-être spirituel et les questions liées à la fin de vie. Nos recherches sur les déterminants de la dépression et de la détresse en fin de vie (Rodin et coll., 2009) révèlent que ces facteurs sont tous des sujets communs de préoccupation chez les patients atteints d’un cancer avancé. La thérapie CALM est surtout une thérapie individuelle, mais elle permet aussi la participation d’un conjoint, d’un partenaire ou d’un autre aidant principal et fonctionne sur le principe que, pour soulager la détresse, les patients ont besoin d’un espace d’empathie et de réflexion afin d’analyser les événements traumatiques qui sont survenus et qui continuent de survenir, et de se préparer à ce qui s’en vient.

Les effets de la thérapie CALM : Résultats qualitatifs préliminaires

Les patients atteints d’un cancer avancé qui ont suivi la thérapie CALM ont participé ensuite à des entretiens qualitatifs avec la chercheuse postdoctorale Emily Freeman. Ces patients disent avoir aimé suivre un processus d’autoréflexion sans se sentir poussés, comme ils en avaient l’habitude, de n’avoir que des pensées et des émotions positives. Ils trouvaient que cette pression les empêchait d’exprimer ouvertement leurs craintes et leurs préoccupations face à l’avenir.

Certains patients disent avoir tiré avantage de pouvoir rétablir une relation compromise avec des membres de leur famille ou de ne pas tenir leurs êtres chers pour acquis. D'autres disent apprécier davantage les événements du quotidien et être moins portés à « s’apitoyer sur leur sort ». Une autre patiente raconte que la thérapie CALM lui a permis de « décharger » ses émotions sur quelqu’un (le thérapeute) qui se souciait de son bien-être, mais qui pouvait aussi lui donner des conseils objectifs. À la fin de la thérapie, cette patiente était capable de dire « Je reconnais maintenant que mes jours sont comptés ». Un autre patient a jugé utile de suivre une thérapie ciblée, durant laquelle lui et sa conjointe pouvaient discuter d’un ou deux sujets par séance de sorte qu’ils ne se sentaient pas « dépassés par l’expérience du cancer ». Pour ce patient, les séances de thérapie créaient un « espace de résolution de problèmes » qui lui permettait à lui et à sa conjointe de discuter des tensions familiales. Grâce à la thérapie CALM, ce patient a pu resserrer ses liens avec les membres de sa famille et réfléchir à diverses solutions et approches qui ne lui seraient pas venues à l’esprit autrement.

L’un des témoignages les plus saisissants que nous avons reçus à propos des bienfaits de la thérapie CALM nous vient d’un patient qui décrit son expérience comme étant quelque chose qui lui a enfin permis de se sentir « comme une personne au sein du système de santé ». Auparavant, il se sentait « perdu » dans le système de santé, et l’attention portée à son état de santé et à ses traitements ne permettait guère de le considérer comme une personne « à part entière ».

La suite

La thérapie CALM fait actuellement l’objet d’un essai clinique aléatoire auprès de patients déprimés atteints d’un cancer métastatique afin de déterminer dans quelle mesure elle permet de soulager efficacement la dépression et d’améliorer le bien-être spirituel et la croissance post-traumatique, comparativement aux thérapies habituelles. Les résultats de cette étude serviront de guide pour l’affectation des ressources psychosociales à disposition pour traiter ces patients et permettront de voir comment une telle intervention pourrait s’intégrer d’office dans la prise en charge du cancer.



Références :

Hefferon K., M. Grealy, et N. Mutrie. « Post-traumatic growth and life threatening physical illness: a systematic review of the qualitative literature ». Br J Health Psychol, 14(Pt. 2), mai 2009, p. 343-378.

Kissane D.W., T. Levin, S. Hales, C. Lo, et G. Rodin (sous presse). « Psychotherapy for depression in cancer and palliative care ». Dans Depression and Cancer, éd. par D.W Kissane, M. Maj, et N. Sartorius, Association mondiale de psychiatrie.

Rodin G. « Individual psychotherapy for the patient with advanced disease ». Dans Handbook of Psychiatry in Palliative Medicine, éd. par H. Chochinov et W. Breitbart, Londres, Oxford University Press, 2009, p. 443-453.

Rodin G., C. Lo, M. Mikulincer, A. Donner, L. Gagliese, et C. Zimmermann. « Pathways to distress: the multiple determinants of depression, hopelessness, and desire for hastened death in metastatic cancer patients ». Social Science and Medicine, vol. 68, 2009, p. 562-569.