PDF Imprimer article EnvoyerEnvoyer
Prendre soin de jeunes en deuil

Par : Lysa Toye

(Un mot d’explication : Les adultes qui prennent soin des enfants ne sont pas toujours leurs parents. Ce sont parfois leurs grands-parents, tantes et oncles, frères, sœurs ou parents de famille d’accueil, surtout si la personne qui se meurt ou est morte est, justement, l’un des parents. C’est pourquoi nous employons le mot « aidant » pour désigner de manière générale la personne qui a soin des enfants et des adolescents. Les enseignants et toute autre personne appelée à aider et soutenir un enfant ou un adolescent trouveront aussi ci dessous des informations utiles.)

La réaction à la mort dépend de la relation entre l’enfant ou l’adolescent et la personne qui meurt. Certains auront une réaction minimale et d’autres auront l’impression que le monde vient de s’écrouler. Comment aider les enfants qui traversent un deuil? Peut-on parler des émotions « négatives »? Puis-je emmener ma fille de 10 ans à l’hôpital pour dire au revoir à son grand-père mourant? Que faire pendant la shiva ou les funérailles? Dois-je prévoir une consultation chez un spécialiste pour l’adolescent qui est chez moi en famille d’accueil? Comment expliquer la mort de sa mère à mon enfant de trois ans? Voici quelques conseils sur les préoccupations courantes des jeunes en pareil cas et des suggestions pour les parents et autres aidants qui cherchent la meilleure façon d’aider leurs enfants.


Quatre préoccupations courantes des jeunes en deuil

Quand une personne proche se meurt ou est morte, les enfants semblent se poser en général quatre questions :

  • Est-ce que ça s’attrape?
  • Est-ce ma faute?
  • Est-ce que j’aurais pu le guérir?
  • Qui va prendre soin de moi?


Une conversation sur ces sujets permettra pour le moins d’assurer les jeunes que leurs questions, leur confusion et les émotions qu’ils vivent sont autant de réactions naturelles.

Est-ce que ça s’attrape?

Quand une personne meurt de maladie, les plus jeunes enfants ont besoin qu’on leur explique la différence entre une maladie en phase terminale et les maladies qu’ils ont eux-mêmes eues, comme un rhume, la grippe ou un mal de ventre. Pour éviter la confusion, il est donc important d’appeler la maladie par son nom réel, qu’il s’agisse de cancer, de la maladie de Lou Gehrig, du VIH ou d’une maladie cardiaque.

Si la maladie n’est pas transmissible, il faut dire aux enfants qu’ils ne l’attraperont pas et qu’ils peuvent toucher la personne atteinte en toute sécurité, tant qu’elle est en vie et même après la mort.

Si la maladie est contagieuse, expliquez les mesures que prennent la famille et le personnel soignant pour empêcher la contamination et décrivez la façon dont le système immunitaire lutte contre la maladie.

Les enfants plus vieux se demandent parfois si telle maladie physique ou mentale est héréditaire. Les professionnels du domaine recommandent de dire la vérité sur cette possibilité, sur l’existence éventuelle d’un test de dépistage et sur la possibilité de s’y soumettre si le médecin le recommande. Le pédiatre confirmera s’il convient de faire des tests génétiques. 

Est-ce ma faute?

Peu importe l’âge, il est normal de se sentir responsable d’une personne dont on prend soin. Les enfants plus jeunes sont naturellement centrés sur eux-mêmes et la pensée magique, normale à leur âge, peut les inciter à croire qu’ils peuvent affecter le monde qui les entoure au point de causer la mort :

  • « Papa a attrapé mon mal de ventre et ça lui a donné le cancer de l’estomac. »
  • « Le bébé est mort parce que j’ai dit que je ne voulais pas de sœur. »

Les plus vieux attribuent parfois la maladie ou la mort à des facteurs plus subtils :

  • « Si ma mère n’avait pas été si stressée par mes frais d’université, son cancer n’aurait pas été si agressif. »
  • « Si j’étais allée souper chez mon frère ce soir-là, il ne sera pas allé à ce party où on l’a tué. »

Les jeunes ont besoin qu’on leur dise qu’ils ne sont pas responsables, même s’ils n’expriment pas ouvertement d’inquiétude ou de culpabilité de ce genre. En les aidant à comprendre la cause de la mort, vous les aidez à composer avec une perte qui leur semble insensée et injuste. 

Est-ce que j’aurais pu le guérir?

Les enfants et les adolescents pensent parfois qu’ils auraient pu ou dû faire quelque chose pour empêcher la mort :

  • « Si j’avais été plus sage et moins difficile, papa aurait pu revenir de l’hôpital. »
  • « Si j’avais prié davantage, ma sœur se serait réveillée du coma. »
  • « Si j’avais tenu ma promesse et que je ne m’étais plus disputé avec ma mère, Dieu l’aurait guérie de sa maladie cardiaque. »
  • « Je n’ai pas appelé le 911 assez vite et les ambulanciers n’ont pas pu la sauver. »


Ici encore, il est essentiel d’assurer les jeunes qu’ils ne peuvent rien contre la maladie et la mort et qu’ils n’en sont pas responsables.

La question de la guérison se pose aussi à l’égard des aidants ou du personnel soignant :

  • « Pourquoi ils n’ont pas établi le diagnostic avant? La chirurgie aurait pu réussir, alors. »
  • « Pendant combien de temps ils ont tenté la réanimation? Pourquoi ils n’ont pas continué jusqu’à ce que ça fonctionne? »

Il pourrait être utile de parler des personnes, des procédures et des efforts déployés pour tenter de sauver la vie de la personne ou lui rendre la mort la moins difficile possible.

Qui prendra soin de moi?

Après la mort d’un parent, les enfants s’inquiètent souvent de savoir qui prendra soin d’eux. Ils peuvent :

  • constater que la tâche est trop grosse et trop difficile pour un seul parent;
  • voir que leurs aidants sont en deuil et luttent pour s’occuper d’eux tout en pleurant leur propre perte;
  • s’inquiéter de la sécurité des personnes qui ont de l’importance dans leur vie et craindre que si l’une d’elles leur a été enlevée, d’autres pourraient mourir aussi.
  • Rassurez vos enfants et dites-leur que vous allez continuer de prendre soin d’eux. 
  • Aidez-les à trouver d’autres adultes - membres de la famille, amis, enseignants et membres de la communauté - auxquels vous pouvez tous deux vous adresser si vous traversez des périodes difficiles.
  • Si vous avez fait un testament et désigné un tuteur pour vous remplacer en cas de décès, dites-le à vos enfants. Le fait de savoir de qui il s’agit pourrait les rassurer.
  • Parlez des pertes et des changements qui suivent souvent la mort d’un membre de la famille, par exemple, un changement dans la situation financière, un déménagement dans une autre maison ou une autre ville, un changement d’école, un changement d’habitudes et de corvées.
  • Dites-leur que vous savez à quel point ces changements peuvent être difficiles.
  • Soulignez qu’il est important que chacun trouve un nouveau rythme.

Émotions normales

Le deuil s’accompagne souvent d’émotions intenses. Il est naturel que les jeunes souffrent, soient tristes ou aient l’impression d’un grand vide, mais aussi qu’ils éprouvent de la colère, de la culpabilité, de la peur, de l’inquiétude, de la confusion, voire de l’apathie. Il est même fréquent que les gens ressentent un certain soulagement au terme d’une longue maladie ou à la mort d’une personne avec laquelle ils ont eu une relation difficile. Il arrive que le deuil nous inonde simultanément de nombreux sentiments. Ce sont des émotions douloureuses et épuisantes, mais normales et prévisibles. Il faut le dire aux enfants et aux adolescents.

Un deuil sain grâce à l’exemple

Les enfants apprennent à vivre le deuil et à prêter attention à leurs sentiments en observant les gens qui les entourent. Ils ont donc besoin de voir des adultes faire leur deuil et s’occuper d’eux-mêmes d’une façon saine. S’ils vous voient pleurer, exprimer vos idées et vos sentiments, ils se sentiront autorisés à pleurer, à vivre des émotions et à s’exprimer eux aussi.

Il faut toutefois éviter de les effrayer par des sentiments trop intenses et de leur faire croire que vous ne serez pas en mesure de vous occuper d’eux. C’est un équilibre parfois difficile à atteindre quand vous vivez votre propre deuil. Au besoin, n’hésitez pas à demander l’aide d’autres adultes pour les tâches ménagères, le soutien émotif et le soin des enfants.
 

L’expression des émotions

Sachant que ce qu’ils pensent, ressentent et vivent est normal et acceptable, les enfants et les adolescents auront moins de mal à explorer et exprimer leurs sentiments d’une façon saine, qui les aidera à guérir et à établir des liens avec d’autres. Il n’y a pas une façon unique et correcte d’exprimer son deuil et de s’en remettre. Les jeunes peuvent par exemple :

  • exprimer leurs sentiments à travers le jeu;
  • décrire comment ils se sentent;  
  • s’exprimer à travers l’art, le bricolage, la poésie, le mouvement ou la musique;
  • « évacuer » l’énergie du deuil par une activité physique ou la pratique d’un sport.

S’ils savent qu’on les voit, qu’on les entend et qu’on les comprend, les jeunes se sentent moins seuls et trouvent la force de traverser leur difficile période de deuil.

Comportement et gestion des émotions difficiles

Les jeunes extériorisent de diverses manières l’impression que leur monde est transformé ou chaotique après la mort d’une personne importante. Pour retrouver un sentiment de sécurité, certains ont tendance à régresser vers des comportements plus jeunes et, par exemple, refusent de dormir seuls dans leur lit ou ont du mal à se séparer de leurs aidants, à faire leurs devoirs ou à faire les bons choix devant une situation risquée. Le cas échéant :

  • Essayez de comprendre les sentiments qui sous-tendent ces comportements. Vous aurez une meilleure idée de la façon d’aider l’enfant.
  • Maintenez les habitudes le plus possible et conservez les limites et attentes habituelles et constantes en matière de comportement. Cette constance aide les enfants de tous âges à se sentir en sécurité.   
  • Aidez votre enfant à comprendre la différence entre sentiments et comportements. Expliquez-lui que tous les sentiments sont importants et qu’il faut y prêter attention, mais que certains comportements ne sont pas acceptables.
  • Imaginez ensemble des façons de réagir et d’exprimer de manière sûre des sentiments difficiles comme la colère, la peur et la tristesse, sans faire de mal à personne et sans rien briser.  
  • Quand vous éprouvez vous-même ce genre d’émotions, faites-le savoir à votre enfant.
  • Pleurez ensemble.  
  • Sachez reconnaître leur détresse.
  • Rappelez-vous les bons moments vécus avec la personne qui vient de mourir.
  • Aidez votre enfant à évacuer sans danger sa colère par le sport, le mouvement ou une activité créative, par exemple : danse, sauts, arts et jeu.

Cérémonies, rituels et commémorations

Quel que soit leur âge, les enfants peuvent assister aux rites de commémoration comme une célébration de la vie, des funérailles, une shiva, la visite au salon funéraire ou une messe anniversaire. Leur présence à ces importants rites de passage les aide à se sentir inclus et représente une expérience appréciée ou apaisante pour eux comme pour les adultes.

  • Préparez les enfants et les jeunes à ce qu’ils vont voir, entendre, sentir et vivre.
  • Expliquez les « règles », le déroulement de la cérémonie; dites qui pourrait être présent et prévenez-les de la possibilité de voir des adultes pleurer. N’oubliez pas que les enfants trouveront étrange que des adultes bien intentionnés semblent leur présenter des excuses en leur disant par exemple : « Je suis vraiment désolé! »
  • Convenez avec votre enfant du signal qu’il doit faire s’il a besoin de faire une pause en votre compagnie ou de celle d’un adulte qui puisse l’aider.     
  • Les enfants pourraient souhaiter déposer quelque chose dans le cercueil ou auprès de l’urne, comme une carte qu’ils auront confectionnée ou un souvenir.  
  • Si l’enfant ou l’adolescent n’a pas pu dire adieu à la personne qui vient de mourir, il peut souhaiter le faire au moment de la cérémonie.
  • Si le cercueil est ouvert, il est bon que l’enfant voie le corps, à condition, ici encore, d’y être préparé. Certains enfants diront que la personne a l’air de dormir, d’autres la trouveront très différente de ce qu’elle était de son vivant. Dites-leur qu’ils peuvent toucher le corps du défunt sans danger. Rappelez-leur que le corps ne fonctionne plus et que la personne ne peut plus voir, entendre, penser, sentir qu’on la touche ou éprouver des émotions.

Si l’enfant ne veut pas assister à la cérémonie ou au rituel, assurez-vous qu’il comprend ce qu’il refuse. Essayez de savoir ce qu’il craint ou ce qu’il ne comprend pas et ce qui motive sa décision. S’il est ferme dans son refus, mieux vaut respecter son souhait. 

Adultes et enfants : un deuil différent

Les enfants vivent leur deuil par périodes. Les plus jeunes sortent d’une période de puissante émotion aussi naturellement qu’ils y entrent. Ils se servent du jeu pour gérer leurs sentiments et libérer de l’énergie. Un moment ils sont contrariés et tristes, puis ils jouent comme s’ils n’avaient pas le moindre souci. C’est sain et normal. Il est aussi naturel que l’enfant explore la mort à travers le jeu. Vous pourriez par exemple le surprendre à jouer « à l’hôpital » ou « aux funérailles » ou à explorer les nouvelles expériences que la fin de vie et la mort ont introduites dans sa vie et son imagination.

Les enfants plus vieux et les adolescents tendent à gérer les émotions fortes en faisant des pauses et en cherchant des distractions. Il est important de respecter leur rythme. En les forçant à parler, vous risquez d’obtenir au contraire qu’ils ne disent plus rien. Faites-leur simplement savoir que vous êtes là s’ils ont besoin de vous et qu’il vous fera plaisir de parler si et quand ils le veulent.

Les jeunes pourraient préférer parler à quelqu’un qui n’est pas de la maison, comme un enseignant ou une conseillère. Sans compter qu’ils se tournent aussi tout naturellement vers leurs camarades. Certains disent avoir toute la compassion et le soutien dont ils ont besoin avec leurs amis et camarades de classe alors que d’autres se sentent isolés, stigmatisés et seuls avec leur deuil. Demandez à votre enfant s’il a suffisamment d’aide ou s’il souhaite que vous l’aidiez à trouver d’autres confidents hors de la maison, comme un conseiller professionnel, un membre de la famille élargie, un voisin en qui vous avez confiance, le médecin de famille, un prêtre ou un pasteur.

L’appui de la communauté

Il est parfois utile de prévenir du décès l’école, la garderie ou le camp que fréquente votre enfant, les amis et leur famille, la famille élargie, votre groupe religieux ou vos groupes d’activité. Les gens de la communauté peuvent aussi vous soutenir. N’oubliez pas par contre que certains enfants et adolescents préfèrent que l’événement reste privé : ils ne veulent pas se sentir à part. D’autres ont besoin de temps avant d’affronter leur vulnérabilité auprès des gens qui n’appartiennent pas à leur famille immédiate. Si vous prêtez attention à ce genre de sentiment, vous pourriez mieux comprendre l’aide dont vos enfants ont besoin et leur capacité de s’ouvrir ou non aux autres. 

Retour en classe

La collaboration sera essentielle au succès du retour en classe. N’hésitez pas à renseigner l’école sur le deuil que vit l’enfant. Vous pouvez notamment l’aiguiller vers notre site, pour aider le personnel scolaire à mieux comprendre ce que vit votre enfant ou votre ado.

Déterminez la date du retour avec votre enfant. S’il semble ne pas vouloir retourner, tentez d’en découvrir la raison et recourez à des méthodes de résolution de problèmes créatives pour faciliter la transition.

Certains enfants se sentent perdus s’ils doivent se séparer d’un aidant après la mort d’un membre de la famille. Peut-être les aiderez-vous en leur permettant :

  • d’emporter avec eux un objet particulier comme une pierre ou une note qui les aidera à sentir un lien;
  • de vous appeler à la pause de midi;
  • de se livrer à un rituel quotidien rassurant, qui leur donne l’impression qu’ils restent en lien avec vous (voyez les exemples proposés dans Le Bisou secret ou The Invisible String).

Certains jeunes sont embarrassés ou angoissés à l’idée de retrouver leurs copains après un tel changement dans leur vie. Or, le fait de retarder le retour n’éliminera pas ce moment. Au contraire, plus le retour est tardif, plus votre enfant pourrait être nerveux et se sentir étranger à son groupe scolaire et assommé par tout le travail à reprendre. En outre, certains ne veulent pas paraître différents des autres ou être le centre de l’attention.

Si votre enfant ne sait pas bien comment annoncer le décès à ses camarades, le personnel scolaire peut prendre l’initiative de renseigner la classe et les enseignants après en avoir discuté avec lui.

En général, et à l’école en particulier, les jeunes qui vivent un deuil ont du mal à se concentrer ou à maîtriser leurs sentiments. Avec la direction et les enseignants de l’école, essayez de trouver des moyens, des gens et des lieux qui permettront à votre enfant de trouver de l’aide pendant la journée scolaire. Les jeunes aiment savoir que ces stratégies sont en place, même s’ils ne les utilisent pas. Quelques exemples :

  • conserver dans leur pupitre un journal où ils notent leurs idées et leurs sentiments quand ils pensent à la personne qui est morte ou que le deuil leur pèse;
  • être autorisé à poser la tête sur le pupitre, à s’arrêter brièvement ou à faire quelques pas dans le couloir;
  • être autorisé à rencontrer un adulte de confiance à l’école, par exemple, un enseignant, un conseiller d’orientation, la directrice ou son adjointe (pour discuter ou simplement pour se trouver dans un coin tranquille);
  • disposer de plus de temps pour faire les travaux ou les examens ou être jumelés à un camarade pour la prise de notes ou l’étude.

Il faut équilibrer la constance, les habitudes et « le connu », tout en prévoyant une bonne dose de souplesse et de sensibilité aux besoins particuliers des jeunes.

Solitude

Beaucoup de jeunes supportent difficilement une solitude apparente. Ils ont l’impression que personne ne comprend ce qu’ils vivent. Ils ne savent plus quoi faire pour exprimer leurs sentiments et obtenir de l’aide. Ils ont besoin d’adultes de confiance, qu’il s’agisse de membres de la famille d’amis, du personnel scolaire ou d’autres membres de la communauté. Les programmes et services de conseils en cas de deuil, sous forme de groupes et de camps où les enfants et les jeunes se rencontrent et parlent de leur expérience avec d’autres qui ont vécu de semblables moments sont souvent bénéfiques.

Rester en lien avec la personne qui est morte

Quand une personne mourait, naguère, on s’attendait à ce que la famille endeuillée « en revienne » et « reprenne une vie normale ». Nous savons maintenant que la relation avec une personne d’importance ne cesse pas à sa mort. Le deuil se fait entre autres en trouvant de nouveaux moyens de maintenir cette relation. Nous pouvons aider les jeunes à exprimer leurs émotions et à maintenir leur lien avec cette personne d’importance de diverses façons, y compris :

  • Des pratiques familiales :
    • allumer une chandelle;
    • mettre un couvert pour cette personne au souper;
    • réserver un endroit aux photos et aux souvenirs particuliers;
    • rappeler le souvenir de cette personne aux anniversaires ou autres fêtes spéciales;
    • continuer à célébrer son anniversaire.
  • L’art et le bricolage :
    • décorer un cadre pour y mettre une photo de la personne qui est morte;
    • confectionner une taie d’oreiller avec un vêtement de cette personne;
    • dessiner une représentation de souvenirs agréables;
    • créer une liste de pièces musicales qui rappellent à l’enfant des souvenirs de cette personne;
    • fabriquer un collier dont chaque perle rappelle un souvenir différent;
    • décorer un coffret souvenir pour y ranger des photos, des lettres ou d’autres souvenirs de la personne qui est morte.
  • Des pratiques individuelles :
    • parler chaque nuit à la personne qui est morte ou s’adresser à elle à travers un journal;
    • penser à cette personne pendant une activité que l’enfant ou l’adolescent aimait faire avec elle, comme la course ou la danse;
    • penser à cette personne tout en faisant une activité agréable qu’elle avait enseignée à l’enfant ou à l’adolescent;
    • porter sur soi ou avec soi un objet d’importance pour cette relation, par exemple une montre, une écharpe ou un bijou;
    • adopter une habitude typique de cette personne, comme lire le journal du dimanche ou observer les oiseaux.
    • Une réflexion sur ce que la personne qui est morte leur a enseigné ou à ce qu’elle souhaitait pour eux.
    • Le souvenir des moments agréables passés avec cette personne.

En aidant les enfants et les adolescents à poursuivre leur relation avec la personne qui est morte, les adultes contribuent à un deuil sain et à une relation significative, qui continuera de soutenir les jeunes tout au long de leur vie. 

Mort soudaine, inattendue ou violente

Une mort soudaine et inattendue est encore plus difficile pour les proches.

  • Une mort soudaine ne permet pas de se préparer, de faire ses adieux ou de résoudre les disputes.
  • Sans cette préparation, les enfants peuvent avoir du mal à comprendre ce qui s’est passé.  
  • Il peut y avoir de nombreuses pertes connexes et compliquées, pour l’enfant et pour sa famille.
  • La famille peut avoir plus de mal à s’adapter, émotivement et concrètement, à la vie sans cette personne.

Une mort violente est traumatique pour tous les membres de la famille et peut gravement ébranler le sentiment de sécurité de l’enfant à l’égard de la vie et du monde.

  • Les gens dont un proche s’est suicidé luttent souvent contre des sentiments de colère et de culpabilité et n’arrivent pas à comprendre pourquoi cette personne s’est enlevé la vie.
  • Les gens dont un proche a été victime d’un homicide peuvent éprouver de la colère, se sentir responsables, vouloir venger cette mort ou réclamer justice. Ils peuvent en outre se sentir vulnérables et en danger. L’intervention des organismes d’exécution de la loi et des tribunaux est souvent longue et retarde la guérison des individus ou des familles.
  • Si la mort est due à un accident de voiture ou à une overdose et si la personne qui est morte a une part de responsabilité, les enfants et les adolescents pourraient avoir l’impression d’être stigmatisés et mal soutenus par la communauté, la famille et l’école. C’est aussi vrai dans le cas d’un homicide ou d’un suicide.

Ces facteurs peuvent compliquer le deuil. Il peut être plus difficile aux jeunes de trouver le soutien dont ils ont besoin et la possibilité d’exprimer leurs sentiments sur la situation. Dans ces circonstances, il est plus indiqué de recourir à des professionnels capables d’offrir un espace sûr où les jeunes pourront s’exprimer et faire leur deuil.

Prendre soin de vous

Pour avoir l’énergie émotive et physique de prendre soin des enfants, vous devez d’abord vous occuper de vous. La recherche montre que les adultes en deuil qui bénéficient des soins et des attentions appropriés prennent mieux soin des enfants en deuil. En d’autres mots, en veillant à notre propre processus de deuil, nous sommes mieux à même d’aider les autres à faire leur deuil et à surmonter leur souffrance. 

* * * * *

Nous aimerions bien sûr « guérir » le deuil, empêcher la mort ou empêcher que nos enfants aient le cœur brisé, comme les y exposent la vie et l’amour, mais c’est impossible. Nous pouvons à tout le moins rester près d’eux et pleurer avec eux pour ne pas qu’ils soient seuls avec leur deuil. En leur prodiguant amour et soutien, en les informant et en leur fournissant les outils nécessaires pour les aider à trouver leurs propres réponses aux secousses inévitables de la vie, nous les aidons à devenir des adultes confiants, sains, sages, résilients, compatissants et solidaires.

Pour en savoir davantage sur la façon de parler de la mort avec un enfant ou un adolescent, vous pouvez lire aussi :


Contenu revu en novembre 2017