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Comprendre l’agonie et la mort : question l’âge et de développement

Par : Lysa Toye

(Un mot d’explication : Les adultes qui prennent soin des enfants ne sont pas toujours leurs parents. Ce sont parfois leurs grands-parents, tantes et oncles, frères, sœurs ou parents de famille d’accueil, surtout si la personne qui se meurt ou est morte est, justement, l’un des parents. C’est pourquoi nous employons le mot « aidant » pour désigner de manière générale la personne qui a soin des enfants et des adolescents. Les enseignants et toute autre personne appelée à aider et soutenir un enfant ou un adolescent trouveront aussi ci dessous des informations utiles.)

De l’enfance à l’adolescence, le cerveau évolue énormément et à chaque stade de développement, l’enfant, puis l’adolescent, évolue sur le plan physique, émotif, social et intellectuel et dans son utilisation du langage. Si vous êtes conscient des stades de développement de votre enfant, vous serez plus en mesure :

  • de parler de la mort avec lui;
  • de comprendre sa réaction au deuil et à la perte;
  • de le soutenir pendant les périodes difficiles.

Il faut se rappeler que même à ces stades, chaque enfant est unique. Peu importe son âge ou son degré de développement, l’environnement et l’histoire peuvent jouer un rôle dans son degré de compréhension (si par exemple l’enfant ou l’adolescent a déjà vécu la mort d’un être cher ou d’un animal favori).

Bébés et tout-petits (0 à 2 ans)

  • Les bébés et les tout-petits ne comprennent sans doute pas qu’une personne se meurt ou est morte, mais ils sont très sensibles à tout changement ou à toute perturbation de leur milieu ou de leurs habitudes.  •    Ils perçoivent intensément tout ce qui influe sur leur sécurité et leurs besoins physiques et affectifs y compris l’absence d’un aidant.  
  • Les bébés et les tout-petits se sentent à l’aise et sûrs quand les habitudes sont conservées et qu’on prend soin d’eux de manière sensible.  
  • Les tout-petits ne se rappellent probablement pas d’un décès survenu alors qu’ils étaient bébés, mais l’effet négatif peut s’être imprimé dans leur esprit en développement, surtout si leurs besoins n’ont pas été satisfaits ou que la maladie ou la mort leur a causé un grand stress.  
  • Les bébés et les tout-petits n’ont probablement pas de souvenirs de la personne qui est morte, mais vous pouvez entretenir un lien de diverses façons :
    • raconter des anecdotes à propos de cette personne;
    • lui montrer des photos ou des vidéos;
    • décrire la relation dont l’enfant est incapable de se souvenir, par exemple :
      • « Savais-tu que grand-papa adorait faire du pain? »
      • « Tu as le même sourire que ta maman. »
      • « Ta sœur adorait te chatouiller les orteils quand tu étais bébé. »

Enfants d’âge préscolaire (de 2 à 4 ans)

  • Les enfants restent sensibles aux changements d’aidants, d’habitudes et d’environnement.
  • Ils commencent à comprendre ce qu’est la mort.  
  • Ils reconnaissent les gens qui ont une importance particulière pour leur famille.
  • Ils apprennent à connaître leur monde à travers ce qui se passe chaque jour et ce qu’on leur raconte.  
  • Ils peuvent comprendre ce qui arrive quand un membre e la famille est malade et meurt si vous le leur expliquez dans un langage simple, mais concret et honnête.  
    • N’oubliez pas de répéter l’information fréquemment pour que l’enfant retienne ce nouveau savoir.  
  • Ils commencent à expérimenter et à connaître plus de sentiments divers, à propos desquels vous pouvez les conseiller et les consoler.
  • Ils utilisent parfois le jeu pour vivre l’expérience de la mort et de la perte.   

Jeunes enfants (de 5 à 9 ans)

  • À cet âge, les enfants apprennent encore des notions abstraites comme l’espace et le temps. (Au fond, même les adultes ont parfois du mal à comprendre ce que signifie « pour toujours » ou qu’un être cher est « parti » quand il est mort.)  
  • Les enfants ont besoin d’aide pour comprendre pourquoi la personne est morte et comprendre que la mort signifie que le corps ne fonctionne plus.
  • Les explications doivent être répétées un certain nombre de fois pour qu’ils comprennent que tous les êtres vivants vont mourir un jour et que la mort est irréversible.
  • Ils risquent d’avoir peur quand ils commenceront à comprendre que tout le monde meurt, que la vie est fragile et n’est pas toujours sans danger.
  • Tous ne comprennent pas au même âge; cela dépend de l’expérience qu’ils ont de l’agonie et de la mort.

De l’âge de 10 ans à l’âge adulte

  • Le développement de l’adolescent passe par une étape clé : l’indépendance à l’égard des aidants. 
  • L’amitié de leurs camarades est généralement leur principale source d’aide et de soutien.  
  • Les adolescents préfèrent explorer leurs sentiments et solliciter de l’aide à l’extérieur de la maison.
  • Les programmes de deuil pour groupes de jeunes du même âge sont souvent particulièrement utiles.

L’effet du temps

Certains affirment que le deuil dure toute la vie et qu’il change, simplement, avec le temps. Quoi qu’il en soit, les enfants risquent de revivre leur deuil à chaque stade de développement, par exemple quand ils comprennent de nouveaux concepts comme le caractère final ou universel de la mort et le fait qu’elle emportera d’autres personnes qui leur sont chères, ou encore à l’occasion d’un rite de passage particulier, comme l’obtention d’un diplôme ou une cérémonie religieuse, la puberté, le premier amour ou un déménagement après la mort d’une personne importante. Il ne faut jamais arrêter de les aider. Il faudra beaucoup parler, écouter et explorer de nouvelles idées et de nouveaux sentiments au fil du temps.

  • Invitez l’enfant ou l’adolescent à continuer de vous faire part de ses réflexions, de ses émotions et de ses questions.  
  • Faites un suivi régulier; assurez-vous de le soutenir dans les émotions qu’il vit.
  • Proposez-lui de commémorer la personne qui est morte, en particulier à l’approche des occasions spéciales ou des fêtes de fin d’année.
  • Les enfants et les adolescents pourraient trouver utile d’avoir un réseau diversifié à mesure qu’ils progressent dans le processus de deuil et que le lien qui les unissait à la personne morte évolue au fil du temps.
    • Aidez-les à établir ces liens avec d’autres adultes et d’autres jeunes de leur âge avec qui ils se sentent à l’aise d’exprimer leurs idées et leurs émotions.
    • Mettez-les en relation avec d’autres enfants et adolescents en deuil pour qu’ils comprennent qu’ils ne sont pas seuls.  
    • Les centres de soins, les groupes formés par les salons funéraires, les centres d’aide en cas de deuil et certains sites offrent un excellent soutien. (Voir Programmes et services.)

Pour en savoir davantage sur la façon de parler de la mort avec un enfant ou un adolescent, vous pouvez lire aussi :