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La constipation
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Par : Mike Harlos MD, CCFP, FCFP

Qu’est-ce que la constipation?

La constipation est un retard ou une difficulté d'évacuation des selles par le gros intestin.

Plus l’évacuation des selles est lente, plus la quantité de liquides absorbés hors de l’intestin sera importante et plus les selles seront sèches et dures. En effet, il peut être difficile, voire douloureux, d’évacuer des selles sèches et dures.

La constipation peut diminuer la qualité de vie, car la personne qui en souffre se sent gonflée et a mal au ventre. La sensation d’avoir le ventre plein ou la nausée supprime le goût de manger ou, du moins, rend l’expérience désagréable.

S'il n'y a pas de règle universelle, on dit toutefois que l'organisme devrait évacuer les selles au moins aux trois jours. La constipation qui n’est pas soignée peut entraîner des troubles digestifs plus graves, comme la compression fécale et l’obstruction intestinale. Une surcharge fécale se caractérise par la présence d’une grosse masse de selles, habituellement dans le gros intestin. Cette accumulation peut ensuite entraver l’évacuation des selles, ou encore provoquer un blocage partiel ou complet de l’intestin (obstruction intestinale).

Urgence : Contactez un fournisseur soins de santé immédiatement si vous constatez l'un des symptômes suivants :

 

  • pas de selle depuis trois jours
  • nombre excessif de selles pendant la journée
  • sang dans l'urine, dans les selles ou près de l’anus
  • crampes ou vomissements incessants
  • douleur accrue ou nouvelle à l’abdomen
  • gonflement accru ou nouveau à l’abdomen
  • nausées ou vomissements

 


Les causes de la constipation

La constipation être attribuable à une combinaison de facteurs, notamment :

Facteurs d’ordre général

  • baisse de la consommation alimentaire, ce qui réduit le volume des selles
  • baisse de la consommation de liquides, ce qui rend les selles dures et difficiles à évacuer
     
  • diminution d’exercice physique ou d’activité, ce qui réduit habituellement l'activité intestinale
     
  • consommation d’aliments riches en gras ou à faible teneur en fibres

Médicaments

  • opioïdes – servent à traiter des symptômes tels que la douleur ou l’essoufflement
  • diurétiques – servent à augmenter la production d’urine
  • anticonvulsivants – servent à prévenir les crises épileptiques et à traiter plusieurs autres symptômes, y compris la douleur
  • suppléments de fer – servent à traiter l’anémie
  • antidépresseurs et antianxiétés – servent à améliorer l’humeur et à traiter plusieurs autres symptômes, y compris la douleur
  • antiacides – servent à soulager les irritations de l’estomac
  • laxatifs et émollients de selles – l’emploi fréquent ou prolongé de ces médicaments peut diminuer l'activité intestinale
     

Tuyau : Certaines personnes se montrent réticentes à prendre des médicaments pour traiter leur douleur de peur de souffrir de constipation. Cette crainte ne justifie pas que l’on endure sa douleur! La constipation qui se manifeste à la suite de traitements médicamenteux destinés à réduire la douleur se traite et se prévient.

Facteurs sociaux

  • se sentir angoissé ou déprimé
  • avoir un accès limité aux toilettes (salle de bains occupée, difficile d’accès ou peu privée)
  • avoir besoin d’aide aux toilettes
  • avoir besoin d’utiliser un bassin ou une chaise percée de chevet
  • être dans un endroit peu familier ou stressant

Affections médicales
 

 

  • niveau élevé de calcium dans le sang
  • faible niveau de potassium ou de sodium dans le sang
  • syndrome du côlon irritable
  • faiblesse musculaire
  • dysfonction nerveuse (notamment chez les diabétiques)
  • insuffisance de la fonction thyroïdienne
  • tumeurs au niveau de l’intestin ou à proximité

 


Faire le tri des symptômes

Afin de déterminer les causes de la constipation, l’équipe de soins de santé posera des questions, procédera à un examen médical ou voudra prescrire des analyses.


Questions posées par l’équipe de soins de santé

L’équipe de soins de santé pourrait poser quelques-unes des questions suivantes afin, d’une part, de déterminer à quel point le patient est déshydraté et, d’autre part, de tenter d’en trouver les causes.

  • Quelle est la gravité de la constipation?
    • Légère, modérée, sévère?
    • Comment décririez-vous la constipation, 1 étant aucune constipation et 10 étant extrême?
  • À quelle fréquence évacuez-vous vos selles normalement?
    • Quand la dernière défécation s’est-elle produite?
  • Décrivez les selles à ce moment-là :
    • Dures ou molles?
    • De quel volume?
    • De quelle couleur?
    • Y avait-il du sang? Si oui, de couleur? Pâle ou foncée?
    • Avez-vous senti de la douleur?
  • Avez-vous eu une envie d’aller aux toilettes sans pouvoir déféquer?
  • Avez-vous eu des nausées ou des vomissements? Des douleurs ou des crampes à l’estomac?
  • Avez-vous des gaz? Comment de fois par jour?
  • Les médicaments – dans le passé et à l’heure actuelle
    • Efficacité? Durée de l’effet thérapeutique?
    • Fréquence d’administration?
  • Quel remède déjà essayé a eu pour effet d’atténuer la constipation?
  • Comment la constipation nuit-elle à votre qualité de vie?
    • Qu’est-ce que la constipation vous empêche de faire?
    • Vous sentez-vous découragé ou déprimé?

Tuyau : Notez vos symptômes pour ne rien oublier.


Examen médical
 

Examen général
Le soignant va probablement vous faire passer un examen général. Il pourrait s’agir d’appuyer sur l’abdomen pour repérer des régions sensibles ou dures au toucher. L’écoute de bruits intestinaux par endroits à l’aide du stéthoscope fait aussi partie d’un examen médical.

Toucher rectal
Cet examen peut aussi être confié au fournisseur de soins de santé, qui insérera un doigt ganté dans le rectum pour y déceler des selles ou des masses durcies. Lors de cet examen, on ressentira dans le rectum une sensation semblable à la pression ressentie au moment d’évacuer ses selles.

 


Analyses
 

Radiographie de l’abdomen
On peut avoir recours à cet examen pour déterminer l’emplacement des selles. Cette procédure s’effectue au département de radiographie en consultation externe.

Échantillon de sang
Un échantillon permet de mesurer la quantité de calcium, de potassium et de thyréostimuline dans le sang. Des changements au niveau de ces constituants sanguins peuvent contribuer à la constipation.

 


Ce que l’on peut faire

Il vaut mieux prévenir que guérir quand il s’agit de la constipation. En effet, moins l’évacuation des selles est fréquente, plus il devient difficle de gérer la constipation. Il vous est donc recommandé de consulter votre équipe de soins de santé afin d’apporter des changements à votre mode de vie ou de suivre un plan de traitement.


Les changements de mode de vie
 

De petites modifications peuvent favoriser l'évacuation régulière des selles.

  • Certaines personnes auraient intérêt à aller aux toilettes à la même heure tous les jours.
  • Mangez des aliments à forte teneur en fibres naturelles, tels les fruits secs et les légumes frais. Il existe de nombreuses recettes incorporant des laxatifs naturels. Essayez celle-ci par exemple :


  • Buvez le plus possible sans vous sentir inconfortable.
     
  • Évitez les aliments constipants (fritures et fromages).
  • Tentez d’accroître votre activité physique.
  • Si l’évacuation des selles vous cause des douleurs, prenez un analgésique avant d’aller aux toilettes.
  • Essayez d’évacuer vos selles en position assise plutôt qu’en position couchée.
  • Tentez d’évacuer vos selles dans les 30 à 60 minutes suivant chaque repas pour profiter des mouvements intestinaux naturels engendrés par le processus digestif.
  • Veillez à ce que votre intimité soit respectée dans la salle de bains, ou créez-y une ambiance qui protège votre dignité si vous avez besoin d’aide.

Les techniques de relaxation suivantes pourraient aussi vous être utiles :
 

  • La décontraction musculaire progressive
    Détendez et serrez les muscles de tout le corps en commençant par les pieds pour finir par la tête.
  • La visualisation
    Imaginez une scène calmante, telle qu’une plage sereine et le clapotis des vagues. Cette technique favorise la détente du corps et de l’esprit. C'est une sorte de rêverie intentionnelle qui contribue à réduire le stress et l’angoisse.
     
  • La distraction
    Regarder la télé ou écouter de la musique permet de penser à autre chose qu’au malaise associé à la constipation.
     


Le plan de traitement
 

Vous voudrez peut-être consulter l’équipe de soins de santé afin d’élaborer un plan de traitement personnalisé qui traite notamment des éléments suivants : l’apport d’aliments et de liquides recommandé, les moments où il convient de faire de l’exercice et de prendre vos médicaments.

 


Ce que peut faire votre équipe de soins de santé


Laxatifs oraux

Parfois, il est nécessaire de prendre des laxatifs pour faire en sorte que l’intestin se vide bien et de façon régulière. Les gens qui prennent certains médicaments, tels que les opioïdes pour gérer la douleur et l’essoufflement, auront sûrement besoin de laxatifs pour assurer la régularité des selles.

Il est presque certain que les opioïdes causeront de la constipation, mais ce n’est pas une raison de les éviter. L’équipe de soins de santé doit donc prendre les mesures nécessaires pour prévenir la constipation. 
Voir aussi : Effets secondaires et mythes reliés aux opioïdes dans Gérer la douleur

Tuyau : Quand on recommande des opioïdes, tels que la morphine ou l’hydromorphine, vérifiez si on a aussi prescrit des laxatifs

Les laxatifs peuvent aussi être prescrits si le patient prend moins de liquides ou fait moins d’exercice à cause de la maladie. L’équipe de soins de santé suivra de près le type et la fréquence des selles pour recommander des laxatifs au besoin.

L'état actuel des recherches ne permet pas de justifier l’emploi d’un laxatif au lieu d’un autre. Voici les laxatifs les plus couramment administrés aux patients recevant des soins palliatifs :

  • Émollients fécaux
    Ces médicaments ramollisent les selles dans l’intestin pour faciliter leur évacuation. Le plus communément employé est le docusate, qui comprend des médicaments tels que Colace® et Surfak®. Ce médicament favorise la rétention d’eau dans l’intestin, ce qui aide à ramollir les selles.
  • Stimulants
    Ces médicaments favorisent le passage des selles dans l’intestin. Parmi ce groupe de stimulants, on retrouve les sennosides (Glysennid®, Senokot® et Senokot S®, qui contiennent aussi le docusate pour ramollir les selles), cascara et bisascodyl (Dulcolax®).

Tuyau : Tentez d’utiliser des émollients fécaux (tels que docusate ou Colace®) de concert avec des stimulants fécaux (tels que senna ou Senokot®), car la combinaisison en augmente l’efficacité.

Laxatifs osmotiques

  • Lactulose
    Ce médicament est un type de sucre qui n’est pas absorbé dans le corps (il ne présente donc aucun danger pour les diabétiques). Il aide à ramollir les selles en apportant des liquides à l’intestin pour ensuite stimuler la vidange des intestins. Certaines personnes ont le ventre ballonné par le Lactulose, et son goût sucré peut provoquer des nausées. On peut en améliorer le goût avec du jus ou de la glace.
  • Laxatifs PEG (glycol polyéthylénique)
    Ces médicaments peuvent contenir des électrolytes sodiques ou non et sont disponibles en plusieurs marques, dont Miralax®, PEG-3550® et Go-Lytley®. Ces médicaments apportent des liquides à l’intestin pour ainsi ramollir et dégager les selles. Ils pourraient avoir moins d’effets secondaires (notamment les ballonnements et crampes intestinales) que le Lactulose.

Laxatifs en solution saline

Ce groupe de médicaments réunit des laxatifs qui contiennent du magnésium, tels que Milk of Magnesia®, Magnolax® et Citro-Mag®.

Ces laxatifs apportent des liquides à l’intestin et stimulent le fonctionnement intestinal. Le Oral Fleet Phospho-Soda® est un laxatif en solution saline puissant et efficace, mais qui peut avoir de sérieux effets sur l’équilibre chimique et électrolytique chez les personnes frêles. Pour le patient atteint d’une maladie grave avancée, ce médicament ne doit être administré que sous surveillance médicale.

Les personnes frêles ou atteintes d’une maladie grave devraient soit utiliser avec prudence, soit éviter de prendre les laxatifs suivants :

  • Laxatifs de lest
    Ces laxatifs contiennent souvent du psyllium (Metamucil®) ou du son de blé. Si on ne prend pas assez de liquides ou on ne fait pas assez d’exercice, ces laxatifs peuvent faire gonfler les intestins et en diminuer le fonctionnement normal.
  • Huile minérale
    Ce remède n’est pas recommandée pour les personnes fragiles ou qui sont souvent couchées. De menues quantités d’huile peuvent se rendre aux poumons, ce qui peut en provoquer l’inflammation.
  • Huile de ricin
    Ce laxatif peut causer des crampes sévères. Par ailleurs, son emploi prolongé peut empêcher le corps d’absorber certaines substances nutritives.

Tuyau : Évitez de prendre des laxatifs de lest (tels que Metamucil®) si vous ne pouvez tolérer d’importantes quantités de liquides ou faire beaucoup d’exercice physique. Dans de tels cas, ces laxatifs pourraient aggraver la constipation. Ces laxatifs sont plutôt destinés à ceux qui boivent de grandes quantités de liquides et font beaucoup d’exercice.


Médicaments rectaux

Généralement, on vise à ne pas dépasser les trois ou quatre jours entre les selles. Si les médicaments oraux ne permettent pas d’y parvenir, il faudra peut-être avoir recours aux suppositoires ou au lavement. Le cas échéant, il faudra accroître la quantité de laxatifs oraux.

Suppositoires

Les suppositoires sont des capsules solides qui fondent dans le rectum une fois introduites à l’aide d’un doigt ganté. Ils servent à stimuler le passage des selles à partir du bas de l’intestin.

On utilise souvent une combinaison de suppositoires : l’un pour stimuler l’intestin et faire avancer les selles et l’autre pour en faciliter le passage.

Parmi les suppositoires sur le marché, on retrouve :

  • le Dulcolax® comme stimulant fécal
  • la glycérine pour faciliter le passage des selles.
     

Lavement

Un lavement est l'introduction d'une solution liquide dans le rectum pour vider le gros intestin et favoriser l’évacuation des selles. La solution est versée dans un récipient en plastique auquel est attaché un tube. Ce dernier est inséré doucement dans le rectum, et la solution parvient alors à l’intestin. Après quelques minutes, le patient évacue la solution et le contenu de l'intestin au-dessus d’un bassin ou en allant aux toilettes.

On a aussi recours au lavement en cas de surcharge fécale, caractérisée par une masse de selles dans l’intestin qui entrave l’évacuation des selles. Il est recommandé de consulter un fournisseur de soins de santé avant de procéder à un lavement.

Les symptômes ou les troubles éprouvés dicteront le meilleur type de lavement à utiliser. Les types de lavements sont :

  • lavements Fleet®
  • lavements en solution saline concentrée
  • lavements à rétention d’huile
  • lavements à la mousse savonneuse (peu utilisés, car ils posent un risque d’irritation de la paroi intestinale).
     

Contenu revu en octobre 2017