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Les plaies malignes

Par : Sarah Brown B.Sc., inf. aut., MN, ICS

Qu’est-ce qu’une plaie maligne?

Il s’agit d’une lésion ouverte cancéreuse de la peau qui peut couler et prendre la forme d’une cavité, de bosses ou d’excroissances de forme irrégulière. La plaie peut résulter d’un cancer primaire dans la peau comme telle ou d’un cancer qui s’y répand (métastase) d’ailleurs. Outre le cancer de la peau, voici les cancers qui s’accompagnent le plus souvent de plaies malignes : sein, cou, tête, anal-rectal, gastro-intestinal et lymphome.

Les plaies malignes sont causées par des cellules cancéreuses qui envahissent la peau et ses vaisseaux sanguins et lymphatiques. Les cellules détruisent les tissus, provoquant ainsi de l’inflammation, des infections, des saignements, des odeurs, des écoulements et, parfois, une douleur intense.

Chose certaine, ces plaies peuvent miner votre qualité de vie, limiter votre autonomie personnelle et entraîner une détresse émotive. Malheureusement, les plaies dites « avancées » guérissent rarement et sont liées à un pronostic sombre. On vise donc à en gérer la douleur et les autres symptômes, d’où l’importance d’analyser les plaies assidûment, car elles peuvent changer très souvent.

 

Les questions de votre équipe de soins

Votre équipe soignante vous posera probablement des questions pour évaluer votre état, la plaie comme telle et ses impacts sur vous. De plus, elle mesurera la plaie et documentera vos autres troubles de santé et les médicaments que vous prenez. Voici des exemples de questions : 

  • Depuis quand avez-vous la plaie?
  • Savez-vous ce qui l’a causée?
  • Avez-vous déjà fait traiter la plaie au moyen de chirurgie, de radiothérapie ou de chimiothérapie?
  • Quels traitements ou pansements y avez-vous déjà appliqués?
  • Avez-vous d’autres maladies ou affections comme le diabète, des troubles de saignement ou des pertes de sensation?
  • Quels médicaments prenez-vous, par exemple pour la douleur, l’infection ou la dépression?
  • Avez-vous perdu du poids? Comment décririez-vous votre appétit?
  • Est-ce que votre apparence vous préoccupe?
  • Avez-vous du mal à sortir ou à socialiser à cause de votre plaie? Pensez-vous souffrir de dépression?
  • Est-ce que la plaie vous nuit quand vous essayez de marcher, de vous asseoir ou de vous coucher?
  • Est-ce qu’elle dérange vos activités quotidiennes?
  • La plaie est-elle douloureuse? Avez-vous des douleurs quand on en change les pansements?
  • Dans quelle mesure est-ce que la plaie coule?
  • Décrivez-moi l’écoulement. Quelle couleur? Y a-t-il du sang?
  • Y a-t-il une odeur? Est-elle forte ou faible?
  • Décrivez-moi la peau autour de la plaie. Est-elle rouge, enflée, douloureuse ou chaude?
  • Qu’est-ce qui vous inquiète le plus?

 

Comment l’équipe soignante peut vous aider

On peut vous recommander une chirurgie, de la radiothérapie ou de la chimiothérapie, mais pas si votre état de santé n’est pas assez bon, si la plaie saigne ou si elle affecte d’autres parties de votre corps à proximité. La radiothérapie palliative peut cependant réduire la taille de la plaie et contrer le saignement ou l’écoulement.

Le traitement de plaies malignes a divers buts, y compris de prévenir les infections, d’augmenter votre confort et d’optimiser votre qualité de vie. Votre équipe médicale s’attaquera à la douleur, aux saignements, aux odeurs, aux infections, à l’écoulement excessif et à la détresse émotive. Elle vous donnera aussi un pansement spécial pour vous aider à combattre les symptômes.

 

La douleur

Il est important d’évaluer et de gérer la douleur des plaies malignes. Une douleur constante, par exemple, veut probablement dire que la lésion atteint vos nerfs ou vos vaisseaux sanguins. On peut donc vous prescrire un antidouleur qui fonctionne jour et nuit, tel un opioïde. Si vous avez de la douleur au moment de changer le pansement, on peut vous recommander :

  • de recevoir un antidouleur avant;
  • de changer le pansement moins souvent, si possible (votre équipe soignante vous conseillera);
  • qu’une autre personne vous aide avec cette tâche;
  • d’employer des pansements spéciaux moins collants et, tout simplement;
  • de vous laisser distraire par la télé ou la musique.

Voir aussi : Douleur

 

Saignement

Les plaies malignes saignent régulièrement, notamment parce qu’elles écorchent les vaisseaux sanguins ou subissent elles-mêmes des irritations à la surface. Par exemple, les pansements peuvent coller à la surface de la plaie et la déchirer quand on les soulève. De plus, les anticoagulants (qui diluent le sang) comme l’aspirine, la warfarine ou l’héparine augmentent aussi le risque de saignement. Si le trouble persiste, on songe parfois à interrompre les anticoagulants. Voici d’autres suggestions que l’on pourrait vous faire pour combattre le saignement :

  • Enlevez lentement et délicatement les pansements.
  • Employez des pansements spéciaux moins collants qui favorisent la coagulation.
  • Faites tremper le pansement dans l’eau avant de l’enlever.

Si la plaie saigne beaucoup, appliquez-y de la pression pendant 10 à 15 minutes et faites appel à votre équipe soignante.

 

Odeurs et infections

L’odeur d’une plaie maligne peut être bouleversante et embarrassante. Elle est produite lorsque les bactéries décomposent les protéines du tissu mort. De plus, les bactéries ou les champignons peuvent infecter la plaie, les premiers indices étant une odeur et un écoulement purulent (qui contient du pus). Si l’infection est grave, vous aurez peut-être à prendre des antibiotiques ou des antifongiques. Voici ce que votre équipe soignante vous recommandera sans doute pour contrer les odeurs de la plaie:

  • Nettoyez la plaie dans la douche ou à l’aide d’une solution saline.
  • Couvrez la plaie d’un pansement au charbon ou utilisez un antifongique.
  • Mettez un bac de litière pour chat sous le lit et remplacez le tout après quelques jours.
  • Employez l’aromathérapie dans la pièce (p. ex., cinq ou six gouttes d’huile de vanille, de menthe, de citronnelle ou de lemon-grass sur un tampon de gaze).
  • Retirez immédiatement de la pièce la literie et les pansements souillés.

 

Écoulement

Votre plaie maligne risque de couler beaucoup. L’écoulement prend diverses formes et son volume varie selon certains facteurs, y compris la circulation sanguine ou la présence d’un œdème (un excès de fluide). Les infections bactériennes peuvent causer plus d’écoulement aussi. L’objectif consiste à empêcher l’écoulement de ramollir et donc fragiliser la peau dans la zone affectée. À cette fin, votre équipe soignante utilisera des pansements plus absorbants pour limiter le nombre de fois qu’on doit les changer. Elle pourrait aussi appliquer des crèmes, des tampons et des pulvérisateurs protecteurs.

 

Détresse émotive

Votre plaie maligne vous rappelle constamment que vous avez le cancer. Rien d’étonnant, donc, que votre image corporelle et votre qualité de vie en souffrent. De fait, une plaie maligne peut perturber vos relations familiales et sociales et vous faire sombrer dans l’isolement et la dépression. Une lésion qui grossit veut aussi dire que votre maladie progresse, ce qui aggrave vos sentiments d’impuissance et de vulnérabilité parce que vous ne pouvez pas prévoir l’évolution de la plaie. Il importe donc d’en parler à votre équipe soignante pour qu’elle vous prête conseil. Par exemple, l’équipe pourrait :

  • vous proposer des services d’assistance sociale, de counseling ou d’aide spirituelle, sources d’appui, d’information et de conseils pratiques;
  • faire une demande de soins supplémentaires à domicile;
  • vous suggérer des médicaments contre l’anxiété et la dépression.

Voir aussi : Stress et détresse

Voir aussi : Dépression

Voir aussi : Anxiété

 

Quand rencontrer votre équipe soignante

Contactez votre médecin ou votre personnel infirmier si :

  • vous pensez avoir une infection (odeur plus forte, écoulement plus abondant ou différent; douleur plus intense, enflure, rougeur, peau plus chaude, fièvre);
  • vos antidouleurs ne font pas effet;
  • la plaie saigne davantage d’elle-même ou quand vous y changez le pansement;
  • votre déprime ou votre détresse devient écrasante.

Relu par le Dr Vincent Maida, expert-conseil en médecine palliative et en gestion des plaies, William Osler Health System, et professeur agrégé, Division de médecine palliative, Université de Toronto, août 2014.