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La douleur
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Par : Mike Harlos MD, CCFP, FCFP

Qu’est-ce que la douleur?

La douleur est ce que l'on ressent lorsque le corps souffre. La douleur a toutes sortes de causes : une blessure, de l’arthrite ou une maladie grave comme le cancer. La douleur est différente pour chacun.

Il est normal de ressentir de la douleur dans un cas de maladie grave. C’est le son de cloche du corps face au problème. La bonne nouvelle, c'est que la douleur se traite assez facilement.
 


Les causes de la douleur
 

La douleur se manifeste lorsque l’extrémité des nerfs, appelée récepteurs de douleur (situés dans toutes les régions du corps), transmet un message au cerveau signalant la présence d’une lésion. Dans le domaine des soins palliatifs, la douleur peut être causée par :

  • la maladie même (p.ex. une tumeur qui irrite un nerf ou un muscle adjacent)
  • des complications liées à la maladie (p.ex. raideur suite à l’inactivité)
  • des traitements (p.ex. douleur après une chirurgie)
  • des problèmes sans rapport à la maladie (p.ex. arthrite présente depuis plusieurs années).

Il existe divers types de douleurs, classés selon leur cause :

  • Os, muscles et tissus conjonctifs
     

Lorsque les os et les muscles ou le tissu qui les relie (tissu conjonctif) sont endommagés, la douleur qui en découle est persistante, aiguë et ressentie à sa source. Par exemple, une personne qui a subi une entorse à la cheville, une contusion musculaire ou une fracture au bras peut dire précisément d’où vient la douleur.

 

  • Organes
     

La douleur causée par des troubles au niveau d’organes (estomac, intestin, foie, reins ou cœur) se fait sentir de façon générale; elle est donc plus difficile à localiser. Par exemple, les crampes associées à une grippe intestinale incommodent tout l’abdomen. Parfois, la douleur est ressentie à un endroit qui ne semble pas avoir rapport avec la source; un mal de cou ou au bras gauche peut signaler des troubles cardiaques.
 

  • Nerfs
     

Une lésion du nerf peut mener à une douleur difficile à décrire, car elle diffère de ce qu’on entend normalement par douleur. Le patient peut ressentir des picotements, une sensation cuisante, une compression ou un fourmillement. À l’occasion, des douleurs intenses spontanées partent aussitôt arrivées, tout comme un choc électrique qui suit le nerf le long du bras ou de la jambe touchée. La peau peut devenir si sensible que le moindre toucher ou même un vêtement est insupportable. La plupart des gens, après s’est cogné le « petit juif » (région sensible derrière le coude), ressentent des picotements agaçants qui descendent le bras jusqu’à la main et aux doigts. C’est une sensation qui ressemble beaucoup à la douleur attribuée à une blessure ou à une lésion du nerf.

D’autres facteurs influencent la capacité de tolérer la douleur. La fatigue, l’angoisse, la tristesse ou la dépression peuvent réduire le seuil de tolérance à la douleur. Associée à une maladie grave, telle que le cancer, la douleur est souvent plus difficile à endurer.

Connaître les causes de la douleur, le type de douleur et les facteurs qui influent sur le degré de tolérance facilite le traitement de la douleur. La façon idéale de traiter la douleur est d’en éliminer les causes. S’il est impossible de les supprimer, le traitement sera alors centré sur le soulagement de la douleur.
 
 


 


Faire le tri des symptômes

Afin de déterminer les causes possibles de la douleur, l’équipe de soins de santé posera des questions, fera un examen médical et procédera à certaines analyses.

Tuyau : Il peut s'avérer utile de décrire quotidiennement vos sensations de douleur dans un journal.


Questions de l’équipe de soins de santé

Décrire la douleur est l’étape la plus importante, tant pour l’identifier que pour en chercher le meilleur traitement.

  • Comment décririez-vous la douleur?
    • légère, moyenne ou forte?
    • Évaluez l’intensité de votre douleur sur une échelle de 1 à 10 (1=aucune douleur; 10=douleur atroce). On peut aussi qualifier la douleur à l'aide de cette même échelle pour la décrire à son plus fort, la plupart du temps et à son plus faible.
  • Où se trouve la douleur?
    • à un endroit précis ou à différents endroits du corps?
    • à un endroit précis, mais se propageant à d’autres?
    • douleur généralisée et difficile à associer à un endroit précis?
    • en profondeur ou à fleur de peau?
  • À quoi ressemble la douleur… comment la décrire?
    • douloureuse, lancinante?
    • brûlante, irritante ou fourmillante, sensation qui démange?
    • comprimante?
    • Y a-t-il des endroits de la peau qui sont si sensibles que même un léger toucher, tel le contact d’un tissu ou le jet d’eau doux de la douche, est désagréable?
  • Quelle est sa durée?
    • toujours présente?
    • parution intermittente?
    • lancinante, telle un choc électrique, telle une crampe?
    • après un mouvement ou un déplacement?
    • intensité variable?
  • Avez-vous déjà ressenti une telle douleur ou quelque chose de semblable?
    • Que s’est-il passé alors?
  • Qu’est-ce qui l’aggrave?
    Le mouvement, la toux, la respiration profonde ou une position particulière?
  • Qu’est-ce qui l’atténue?
    Certaines positions, les médicaments, la détente, le massage ou la visualisation?
  • Les médicaments – déjà pris et actuels…
    • Quelle est leur efficacité?
    • À quelle fréquence les prend-on?
    • Effets secondaires ou autres problèmes (coût, nombre de pilules prises)?
    • Si vous ne les prenez plus, quelle en est la raison?
  • Quels sont les effets de la douleur?
    • Quelles activités la douleur vous empêche-t-elle de faire?
       
    • Êtes-vous découragé, triste, déprimé ou sans espoir?
    • La douleur vous amène-t-elle à vous inquiéter par rapport à la maladie?

Examen médical

Le médecin ou le personnel infirmier sera à la recherche d’enflure, de perte de masse musculaire, de sensibilité, de faiblesse et d’endroits caractérisés par des changements de sensation.

Analyses

Une radiographie peut éclairer l’équipe de soins de santé sur les causes de la douleur et sur les traitements possibles.


Ce qu'on peut faire


Traiter la douleur dans les plus brefs délais

Certaines personnes croient qu’il faut « être brave et endurer » la douleur, mais aucune raison médicale ne justifie une telle attitude. Agir promptement permet aux fournisseurs de soins de santé de modifier le régime médicamenteux et de faire le tri des traitements possibles avant que la douleur devienne incontrôlable. Le traitement précoce peut aussi enrayer la progression de la douleur, la réduisant ainsi tout au long de la maladie.

Pour certains, avoir recours au traitement de la douleur équivaut à s’avouer vaincu par la maladie. Cependant, endurer une douleur incontrôlée peut l’être encore plus, car on lui sacrifie certaines activités quotidiennes.

Un patient dont la douleur n’est pas traitée pourrait :

  • éprouver des difficultés à interagir avec ses proches
  • avoir de la difficulté à faire des activités gratifiantes, ce qui lui ôte son sens de valeur sociale
  • avoir du mal à manger ou à dormir
  • être déprimé

Traiter la douleur doit être perçu comme une reprise de contrôle de la situation et de la qualité de vie arrachées par la maladie. Heureusement, traiter la douleur est assez simple pour les fournisseurs de soins de santé, et il y a quantités d’options pour trouver celle qui vous convient le mieux.

 


 


L'usage de médicaments antidouleur (analgésiques)
 

Conseils à propos des analgésiques
 

  • Prenez vos médicaments régulièrement, car la douleur aura toujours le dessus si l'on ne suit pas un horaire fixe. En fin de compte, celui qui ne prend des médicaments que lorsqu’il a mal finit par en prendre plus que s’il l’avait fait régulièrement, sans attendre que la douleur réapparaisse.
     
  • Ne sautez pas de doses.
     
  • Si la douleur se manifeste entre les doses régulières (accès douloureux paroxystiques), prenez les médicaments prescrits par le médecin dans de telles éventualités (entredoses ou interdoses). Tenez compte de la fréquence à laquelle vous devez prendre les médicaments à action rapide.
     
  • S’il faut recourir constamment aux entredoses plus que deux ou trois fois par jour, cela indique habituellement que la dose régulière doit être augmentée.
     
  • L'entredose d’opioïdes doit être augmentée proportionnellement à la dose globale d’opioïdes prise pour la douleur, soit à environ 10% de la dose quotidienne totale. Donc, si l'on prend 200 mg de morphine comme dose régulière, l'entredose devrait être d’au moins 20 mg.
     
  • Un seul médecin devrait prescrire les médicaments d'un patient; si ce n’est pas le cas, tous les médecins concernés doivent discuter ensemble des traitements du patient.
     
  • Les médicaments antidouleur agissent différemment pour chacun. Il est tout a fait normal de recommander des doses très différentes pour deux patients. L’essentiel, c'est d'obtenir les effets voulus.
     
  • N’utilisez jamais les médicaments destinés à un autre patient.
     


Informez-vous sur les nouveaux médicaments

Avant de commencer à prendre un nouveau médicament, vous voudrez peut-être savoir à quoi vous attendre. Une fois une nouvelle ordonnance reçue, posez des questions à votre fournisseur de soins de santé, par exemple :

  • Quelle quantité de médicaments doit-on prendre? À quelle fréquence? Pendant combien de temps?
  • Le médicament fait effet après combien de temps?
  • Si la douleur ne se dissipe pas, doit-on en prendre plus? Si oui, quelle quantité?
  • Que se passerait-il si le médicament n’était pas pris au moment prescrit?
  • Devrait-on prendre le médicament avec de la nourriture? Avec une boisson?
  • La consommation d’alcool, la conduite ou l’emploi de machinerie présentent-ils un danger après avoir pris des médicaments antidouleur?
  • Y’a-t-il des effets secondaires associés aux médicaments? Si oui, comment y réagir? Comment les prévenir?
  • Cette nouvelle ordonnance est-elle compatible avec d’autres médicaments?


Rencontrez vos fournisseurs de soins de santé

Vous voudrez peut-être rencontrer les membres de l’équipe de soins si :

  • les médicaments ne soulagent pas la douleur;
  • l’effet thérapeutique des médicaments ne commence pas à se faire sentir au moment indiqué par le médecin;
  • les médicaments n’agissent pas aussi longtemps qu’ils le devraient, tel qu’indiqué par le médecin;
  • la douleur se manifeste entre les doses de médicaments (accès douloureux paroxystiques); il y a peut-être lieu d’augmenter la dose ou de songer à d’autres stratégies pour gérer la douleur;
  • la douleur est ressentie lors de certaines activités; un changement d’horaire quant aux doses supplémentaires pourrait être nécessaire;
  • le patient a des effets secondaires;
     
  • l’horaire de prise des médicaments est problématique;
  • la douleur nuit aux activités de tous les jours : repas, sommeil, travail et relations intimes.

Il arrive souvent qu’un changement de médicament, de la quantité prise ou même de la combinaison de médicaments prescrite permette de régler ces problèmes.


Solutions de rechange pour avaler les médicaments

Parfois, les personnes gravement malades ont de la difficulté à avaler leurs médicaments. Si c’est le cas, voici d’autres façons de les administrer :

 

  • gouttes sous la langue;
  • perfusion intraveineuse ou sous-cutanée (sous la peau à travers un petit cathéter qui reste en place);
  • timbre transdermique contenant un opioïde efficace (fentanyl), qui est changé tous les trois jours; ce timbre ne devrait toutefois être réservé aux patients souffrant d’une douleur stable et qui ont bien réagi à une dose constante d’opioïdes.

 


D’autres stratégies à envisager pour gérer la douleur

Les stratégies ci-dessous aident à gérer la douleur et sont habituellement employées de concert avec les médicaments antidouleur.

Consultez un professionnel des soins de santé avant de recourir à ces techniques, car même un geste banal, tel que l’utilisation d’un coussin chauffant, peut avoir des effets secondaires.

  • La respiration profonde
    Cette technique consiste à respirer profondément en se concentrant sur le bruit des inspirations et des expirations. L’attention portée à des respirations profondes et lentes permet de penser à autre chose qu’à la douleur.
     
  • La détente musculaire progressive
    Les muscles tendus peuvent accentuer la douleur; donc, les décontracter pourrait faire l’opposé. La détente progressive des muscles est une technique qui consiste à serrer et à desserrer tous les muscles du corps, en partant des pieds et en remontant jusqu’à la tête.

    Une variante de cette technique consiste à respirer profondément en serrant un groupe de muscles quelques secondes en tenant son souffle pour ensuite expirer et laisser se décontracter les muscles.
     
  • La visualisation
    La visualisation permet de se détendre en imaginant une scène paisible, telle qu’une plage sereine avec le clapotis rythmique des vagues, afin de minimiser son stress ou son anxiété.
     
  • La distraction
    Regarder une émission télévisée, écouter de la musique, jaser avec des proches ou s’adonner à un passe-temps peut aider à faire oublier la douleur.
     
  • La rétroaction biologique
    La rétroaction biologique est une façon de permettre aux gens de reconnaître les réactions de leur corps face au stress. Des électrodes placées sur la peau mesurent :
    • la tension musculaire
       
    • la température
       
    • le rythme cardiaque
       
    • la transpiration
       

Ensuite, avec l’aide d’un technicien qualifié en rétroaction biologique, le patient apprend à biaiser les résultats. Par exemple, il est possible de réduire la fréquence cardiaque en relâchant sa tension corporelle.
 

  • La thermothérapie
    La chaleur peut réduire la douleur et calmer les muscles endoloris. Un coussin chauffant, une compresse de gelée, une bouteille d’eau chaude, un coussin chauffant électrique et un bain chaud sont tous des moyens de soulager la douleur. Attention à l’eau trop chaude : elle peut endormir et affaiblir le patient, qui aurait ensuite de la difficulté à sortir du bain. Voici certaines mises en garde à observer par rapport à la thermothérapie :
    • Ne pas appliquer de chaleur plus de 5 à 10 minutes.
       
    • Ne pas appliquer de chaleur sur une nouvelle blessure; cela risque d'augmenter les saignements.
       
    • Ne pas appliquer de chaleur sur une région du corps qui a été soumise à la radiothérapie.
       
    • Ne pas appliquer de chaleur là où la circulation ou la sensation est réduite.
       
    • Ne pas placer un coussin chauffant électrique directement sur la peau et toujours éteindre le coussin avant d’aller se coucher pour la nuit.
       
  • La thérapie par le froid
    Le froid soulage la douleur en gelant l’endroit douloureux. Un bloc réfrigérant, des cubes de glace enveloppés dans une serviette et un compresse de gelée sont au nombre des options. À nouveau, quelques mises en garde :

    • Ne pas appliquer le froid plus de 5 à 10 minutes.
    • Cesser l'emploi de cette technique si le patient ressent une nouvelle douleur.
    • Enlever immédiatement la source de froid si le patient grelotte.
    • Les patients qui subissent des traitements de chimiothérapie doivent consulter leur médecin avant d’utiliser des compresses de gelée froide.
    • Ne pas appliquer de froid là où la circulation ou la sensation est appauvrie.
       
  • La neurostimulation transcutanée (TENS)
    Un appareil TENS est un petit bloc d’alimentation qui transmet un courant électrique à travers des électrodes fixées à la peau. On décrit la sensation comme un vrombissement, un picotement ou un tapotement. Le courant électrique semble atténuer la douleur, même après l’enlèvement des électrodes.

    La neurostimulation transcutanée offre une stimulation douce que l’on ne juge pas nuisible. Cependant, elle n’est pas recommandée pour la peau maladive (enflée ou infectée) ni pour les gens munis d’un stimulateur cardiaque. Consultez un membre de l’équipe de soins de santé, qui saura où se procurer un appareil TENS.
     
  • L’acupuncture
    L’acupuncture consiste à insérer des aiguilles sur le corps, de manière à stimuler certains points pour soulager les symptômes qui se manifestent dans d’autres régions du corps. Par exemple, une aiguille insérée à un endroit précis de la jambe pourrait réduire une douleur à l'estomac. L’acupuncture produit une sensation de vrombissement et de picotement. Une fois installées, les aiguilles demeurent en place environ 15 minutes. L’acupuncture est bien connue pour aider à soulager la douleur, quoi qu’elle ne soit pas aussi efficace pour traiter les douleurs cuisantes ou piquantes. Il est important de choisir un acupuncteur agréé qui n’utilise que des aiguilles stériles jetables. Cette technique est déconseillée pour les personnes qui ont des problèmes de coagulation sanguine.
     
  • Le massage
    Le toucher est très thérapeutique pour certaines personnes. Le massage consiste à caresser, effleurer ou frotter les muscles à main nue en mouvements circulaires. L'utilisation d'une lotion réduit la friction lors des massages, ce qui détend les muscles et augmente la circulation sanguine à l’endroit massé. L’expérience est souvent très agréable. Le massage devrait être exécuté par un massothérapeute agréé. Il est déconseillé lorsque la peau est boursouflée, rougie ou écorchée.
     
  • L’hypnose
    L’hypnose est un état de demi-sommeil qui rend le patient plus réceptif. Une fois le patient ous hypnose, l’hypnothérapeute déclare qu’il n’y a plus de douleur, ou même qu’elle a été remplacée par un sentiment de mieux-être. Un fournisseur de soins de santé devrait pouvoir vous aiguiller vers un professionnel spécialisé en hypnose, tel un psychologue ou un psychiatre.
     
  • Le counseling et les groupes de soutien
    La tristesse et l’anxiété exacerbent parfois la douleur. Ces sentiments sont courants, et vous devriez en discuter avec l’équipe médicale ou une personne capable d’offrir du soutien. Vous pourriez par exemple aller voir un conseiller qui vous aiderait à gérer ces sentiments, ou chercher un groupe de soutien composé de gens qui vivent des expériences semblables aux vôtres. Parfois, il suffit de parler de ses sentiments d’anxiété à une autre personne pour réduire sa tension.

Tuyau : Vous êtes la personne la mieux placée pour juger de votre propre douleur. Il est primordial que la famille, les proches et les membres de l’équipe de soins de santé croient ce que leur dit le souffrant. Le traitement de la douleur ne portera pas fruit si les gens ne se fient pas à ce que vous leur dites.
 


 


Ce que peut faire votre équipe de soins de santé

Médicaments antidouleur (analgésiques)

Bien qu’il existe plusieurs médicaments antidouleur, éliminer ou gérer la douleur n’est pas possible à tout coup. Il faut parfois un bout de temps pour que l’équipe de soins trouve la meilleure combinaison de médicaments ou de traitements, car chacun réagit différemment aux médicaments et à la douleur. La bonne communication entre vous et le médecin peut accélérer le processus en vue de trouver la meilleure démarche possible.

Les membres de l’équipe de soins de santé voudront savoir quels médicaments vous prenez déjà, même s’ils n’ont pas été prescrits par ordonnance.

Médicaments couramment utilisés pour contrer la douleur :
 

  • Acétaminophène
  • AINS
  • Opioïdes
  • Anticonvulsifs
  • Antidépressifs
  • Stéroïdes 
     

Acétaminophène

L’acétaminophène est souvent utilisé pour apaiser les douleurs et les maux. On peut se le procurer sans ordonnance, par exemple dans le Tylenol®. L’acétaminophène engendre peu d’effets secondaires lorsqu’il est administré judicieusement. Une quantité excessive d’acétaminophène peut provoquer des lésions hépatiques; on doit donc tenir compte des doses ingérées en lisant attentivement la posologie sur l’étiquette. L’acétaminophène est souvent présent dans plusieurs produits pour la grippe ou le rhume. Les personnes qui prennent plus d’un médicament à la fois sans avoir lu la liste des ingrédients risquent donc d’ingérer trop d’acétaminophène.

L’acétaminophène complète bien d’autres analgésiques en rehaussant leur efficacité. On peut en prendre de concert avec les opioïdes et les AINS.

 Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)

Les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens, tels l’aspirine et l’ibuprofène, sont utilisés pour les maux et les douleurs courants, surtout s’il y a inflammation, comme chez les personnes souffrant d’arthrite. On peut se procurer les AINSI à faibles doses sans ordonnance, mais les doses élevées doivent être prescrites par un médecin. La plupart de ces médicaments apaisent la douleur musculaire et les maux de tête.

Les AINS peuvent avoir des effets secondaires graves :
 

 

  • Ils peuvent ralentir la coagulation sanguine, ce qui risque de prédisposer le patient ayant une plaie à des saignements continus. Ceci peut poser un problème pour ceux qui subissent une chimiothérapie ou sur le point de subir une chirurgie. Les nouveaux AINS du groupe inhibiteur de la cyclo-oxygènase -2 (COX-2 Inhibitors) produisent des effets secondaires moindres. Cependant, on a soulevé des préoccupations quant à l’innocuité générale de ces nouveaux AINS, et l'on doit en évaluer les risques dans chaque cas.
  • Ils peuvent nuire au bon fonctionnement des reins, surtout chez les personnes qui connaissent des troubles rénaux ou dont l’apport hydrique est inadéquat, ce qui provoque la déshydratation. Tous les AINS présentent ce risque.
  • Ils peuvent irriter la paroi de l’estomac et de l’intestin grêle, en plus d’y causer des ulcères. Ceci peut se traduire par des saignements ou d’autres affections plus néfastes. Tous les AINS présentent ce risque.

    Étant donné la gravité des effets secondaires potentiels, il est fortement conseillé de consulter un médecin avant de prendre des AINS.
     

Opioïdes

Les opioïdes sont souvent prescrits pour la douleur moyenne à aiguë. Ces médicaments étaient autrefois connus sous le nom de narcotiques. On évite maintenant ce terme pour ne pas le confondre avec le terme qui désigne tout type de drogue illicite. Ces médicaments doivent être obtenus par ordonnance, sauf pour les faibles doses de codéine jumelées à l’acétaminophène (Tylenol-1® et Tylenol-2®).

Parmi les opioïdes utilisés couramment, mentionnons :
 

La codéine
 

La morphine
 

L’oxycodone
 

Le fentanyl
 

La hydromorphine
 

La méthadone

Le Démérol® (mépéridine) est un opioïde qui ne devrait pas être pris pour soulager la douleur à long terme en raison des effets secondaires possibles : les crises d’épilepsie (attaques, convulsions). Cet opioïde a été supprimé des listes de médicaments de plusieurs hôpitaux.

Les opioïdes conviennent très bien pour soulager la douleur. Au départ, les opioïdes sont administrés à faible dose, que l'on augmente graduellement au besoin. Cette méthode d’administration médicamenteuse s’appelle « titrage ». Par ailleurs, l’administration de la codéine s’accompagne d’un effet de plafonnage, c’est-à-dire qu’à partir d’un certain point, l’augmentation de la dose n’atténue pas la douleur en conséquence. Il n’en est pas ainsi pour les autres opioïdes mentionnés; il n’y a pas de limite précise quant à la quantité qui peut être administrée. En effet, on peut continuer d’augmenter la dose jusqu’à ce que la douleur soit soulagée ou que les effets secondaires en empêchent l’augmentation. Si les effets secondaires deviennent insupportables, on peut soit recourir à un autre opioïde (processus appelé rotation des opioïdes), soit se pencher sur d’autres moyens de traiter la douleur.

On peut jumeler les opioïdes à d’autres médicaments antidouleur pour apaiser le mal.

Effets secondaires possibles des opioïdes :

Les opioïdes sont très sécuritaires lorsqu’ils sont utilisés sous le contrôle et la surveillance d’un professionnel médical chevronné et qu'ils ajustés à la douleur du patient.

Les effets secondaires qui pourraient se manifester :
 
 

La constipation

Il s’agit d’un effet secondaire constant de tous les opioïdes analgésiques. Toutefois, cet effet ne doit jamais entraver le recours à la quantité d’opioïdes qui s’impose. Il est très important de prendre des laxatifs conjointement avec des opioïdes. La quantité de laxatifs devrait être ajustée de manière à assurer l’expulsion des selles à tous les deux ou trois jours. Les laxatifs communs : Senokot® (stimulant), Docusate (émollient fécal), Lactulose et PEG (Polyéthylène glycol).

 
 

La sédation (somnolence)

Quand le patient commence à prendre des opioïdes ou qu’il en augmente la dose, il pourrait connaître quelques jours de somnolence légère. Cet état s’atténue avec le temps, car le corps s’habitue aux médicaments.
 

La nausée

Un tiers des patients qui commencent à prendre des opioïdes auront la nausée. Bien que la nausée ait tendance à se dissiper après quelques jours, il pourrait néanmoins être nécessaire de prendre un médicament antinauséeux les premiers jours. Le Gravol® (que l’on peut se procurer sans ordonnance) pourrait faire l’affaire; il vaut donc la peine de l’essayer. Cependant, le recours à des médicaments antinauséeux par ordonnance, tels que la metoclopramide (Maxeran®), la dompéridone (Motilium®), la prochlorpérazine (Stemetil®) ou le halopéridol (Haldol®), pourrait s’imposer.

 
 

La confusion

À l’occasion, on observe de la confusion comme effet secondaire chez les patients frêles ou âgés lorsqu’il y a accumulation de sous-produits des médicaments. Si la confusion n’est attribuable qu’aux opioïdes, le fait de changer de médicaments ou d’en ajuster la dose peut l’éliminer. Il est nécessaire consulter un médecin en cas de confusion.

 
 

Les troubles respiratoires

Malgré les retombées sérieuses possibles d’un ralentissement du rythme respiratoire attribué aux opioïdes, cet effet secondaire s’observe très rarement si la dose est ajustée proportionnellement à la douleur, surtout après les premiers jours au cours desquels le corps s’habitue aux opioïdes. Le titrage des opioïdes (commencer par une faible dose pour l’augmenter graduellement au besoin) doit se faire sous la surveillance de fournisseurs de soins de santé.

Il existe d’autres effets secondaires moins communs liés aux opioïdes. Si vous connaissez des troubles possiblement associés à vos médicaments, parlez-en à à votre fournisseur de soins de santé.

Les mythes à propos des opioïdes

Malheureusement, lorsqu’on parle d’opioïdes, de nombreux mythes et malentendus ne cessent de faire obstacle aux efforts déployés pour soulager la douleur de bien des gens. En voici quelques-uns :

Est-ce que je développerai une dépendance?

L’emploi d’opioïdes pour traiter la douleur ne provoque pas de dépendance. On augmente la dose lorsque le corps s’habitue aux médicaments. Il ne s’agit pas là d’une dépendance, mais plutôt d’une tolérance. La dépendance se caractérise par une préoccupation démesurée quant aux moyens d’obtenir davantage de médicaments, sans que ceux-ci ne soient nécessaires du point de vue médical. Cela ne se produit pas lorsque les opioïdes servent à atténuer la douleur.

Je ne veux pas commencer à prendre de la morphine trop tôt de peur qu’elle ne fasse pas l’effet désiré plus tard.

Cette préoccupation n’a pas de fondement scientifique ou médical. Les opioïdes peuvent être efficaces aussi longtemps qu’on en a besoin; d’ailleurs, la dose peut être ajustée en fonction de la douleur. Le meilleur moyen de gérer la douleur est de la maîtriser le plus tôt possible.

Ces drogues vont faire accélérer ma maladie.

Les opioïdes n’influent pas sur l’évolution d’une maladie; ils ne font que soulager la souffrance qui y est associée.

Si je prends de la morphine, je ne pourrai pas conduire ma voiture.

Pour la conduite non commerciale au Canada, la consommation d’opioïdes n'entraîne pas une interdiction de prendre le volant. C’est à chacun de décider s’il est capable de conduire en toute sécurité. Si l'on est somnolent, il est alors dangereux de conduire. Si la dose d’opioïdes est stable et qu’elle ne s’accompagne pas de somnolence, la conduite est alors permise.

 
 

Anticonvulsivants

Les anticonvulsivants destinés aux gens qui font des crises d'épilepsie peuvent aussi être efficaces pour traiter les douleurs cuisantes, fourmillantes ou lancinantes relatives aux lésions des nerfs. L’anticonvulsivant le plus couramment utilisé est la gabapentine. Au nombre des effets secondaires de ce médicament, notons les secousses, la confusion et la somnolence.

 
 

Antidépresseurs

Les antidépresseurs servent à traiter la dépression, mais aussi les picotements et les douleurs cuisantes associées aux lésions des nerfs. Ces médicaments comprennent :

 

L’amitriptyline
 

La nortriptyline
 

La désipramine.
 

Parmi les effets secondaires possibles de ces médicaments, mentionnons l’assèchement buccal, la confusion et la somnolence.

 
 

Stéroïdes

Les stéroïdes (ceux destinés au traitement de l’inflammation et non ceux qui sont utilisés pour accroître la masse musculaire) servent à réduire l’enflure et du même coup la douleur. Ils sont utiles dans une vaste gamme de cas. Cependant, ils peuvent engendrer des effets secondaires qui doivent être surveillés par l’équipe de soins de santé.

 
 



 


D'autres stratégies pour gérer la douleur


Radiations

Les radiations de haute intensité peuvent rapetisser les tumeurs cancéreuses, ce qui réduit la douleur en raison de la baisse de pression exercée sur les os, les nerfs et les organes à proximité de la tumeur. Même s’il peut suffire d’un seul traitement par radiations pour soulager la douleur, il faut parfois jusqu’à deux semaines pour en connaître l’effet thérapeutique.


Le bloc nerveux

Un bloc nerveux prévient la transmission des messages de douleur (aussi appelés « messages nociceptifs ») au cerveau. À l’aide d’une aiguille, un médecin injecte le médicament près d’un nerf ou dans la colonne vertébrale afin d’empêcher les messages de se rendre au cerveau. Un bloc nerveux peut causer la paralysie des muscles ou l’engourdissement total de la région injectée.


Analgésie rachidienne

L’analgésique peut être administré directement dans l’espace péridural ou intrathécal autour de la moelle épinière à l’aide d’un petit cathéter (un très mince tube en plastique) qui y est logé. Après avoir gelé la peau, on se sert d’une aiguille fine pour guider le cathéter dans l’espace péridural ou intrathécal. On y introduit ensuite les médicaments à l’aide d’une pompe médicinale et d’un tube en plastique flexible qui reste en place. Puisque les médicaments sont distribués directement à la colonne vertébrale, où passent les messages nociceptifs, on peut recourir à des doses de médicament nettement réduites (parfois 100 fois moins que si l'on prenait les médicaments en comprimé oralement).

Des risques d’infection et de saignements sont associés à l’analgésie rachidienne. Il est donc recommandé d’en parler aux fournisseurs de soins de santé concernés.

Contenu revu en octobre 2017