Communiquer avec le patient
Mon mari déverse souvent sa colère et sa frustration sur moi. Je sais qu’il est très malade et que ça ne va pas bien pour lui, mais comment devrais-je réagir?

Cette expérience désagréable est pourtant bien commune pour les personnes aidantes. Les gens malades s’en prennent régulièrement à leurs intimes pour faire passer l’amertume, cette intimité leur donnant peut-être l’impression qu’ils n’ont pas à se retenir.

Quant à votre réaction, rappelons que la colère, émotion vive mais naturelle, affecte toutes les personnes concernées. De prime abord, essayez d’en comprendre la source. L’animosité du malade ne vise probablement pas à vous blesser, mais plutôt à exprimer son désarroi face à la maladie. La personne a éprouvé de lourdes pertes et s’exaspère peut-être devant son impuissance. Autre source naturelle de la colère : la peur. Beaucoup de gens ont du mal à exprimer leurs craintes, et celles-ci peuvent donc se traduire en propos mordants ou en crises de colère. De plus, vous ressentez peut-être plein d’émotions vous-même, ce qui peut influer sur votre réaction.

Le plus difficile, c’est de ne pas y voir une attaque personnelle. Cela dit, vous pourriez peut-être vous imaginer comme « un filtre magique qui laisse passer les gros mots et retient juste l’amour! » Mais voilà, c’est plus vite dit que fait. D’ailleurs, rien ne devrait vous empêcher de partager vos propres sentiments avec la personne malade. Il est sage de reconnaître tout d’abord qu’elle est exaspérée et a besoin de se défouler sans s’attirer la foudre. Vous pouvez ensuite lui dire que vous partagez son exaspération et savez bien qu’elle vise plutôt la situation, pas l’un et l’autre. La clé, c’est d’avouer que la colère est normale et prévue, et qu’il faut la gérer, pas la refouler. Enfin, dites que vous êtes des alliés, pas des adversaires, tous les deux et que vous voulez l’aider à canaliser les frustrations tout en surmontant le défi de la maladie ensemble.

Nous vous encourageons en outre à consulter votre médecin ou l’équipe soignante de la personne malade. Il faut leur signaler le comportement désagréable et les difficultés que cela vous cause. Demandez qu’on vous adresse aux services de soutien dont vous et la personne malade auriez besoin (visites de bénévoles, assistance sociale, soins spirituels, counseling, etc.) Il importe d’avoir quelqu’un à qui vous pouvez vous confier sans crainte. Parfois, l’occasion de discuter avec des gens qui vivent le même défi peut vous soulager aussi.

Finalement, gardez en priorité le maintien de votre bien-être. Accordez-vous plus de repos et partagez la charge d’aidant avec d’autres, notamment en explorant la possibilité d’obtenir des services de soins à domicile, source de soutien pour le malade et de répit pour vous.

Voir aussi : soins autoadministrés

Chose certaine, si les crises de colère persistent et vous vous sentez à risque, demandez de l’aide, que ce soit de votre équipe soignante, d’une ligne d’écoute locale ou, à la rigueur, de la police.